Kurd Lasswitz, "L'école à distance" (1902)


« Le chemin du retour est bien long – c'est par ces chaudes journées qu'on s'en aperçoit. Je suis fatigué, mais un peu d'exercice est toujours bénéfique. »
Telles étaient les pensées du professeur Frister lorsqu'il quitta le lycée pour rentrer chez lui après quatre heures de cours. Une fois à son domicile, il s'installa confortablement dans son cabinet de travail. Assis à son bureau, il posa la tête sur ses deux mains et balaya de son front une mèche de cheveux encore humides après sa marche rapide.
« J'ai une petite heure devant moi avant le repas. Que faire ? Travailler, bien sûr. Voilà deux piles de cahiers bleus, des copies de terminale et des corrections à terminer. Mais pas maintenant ! Certes, il est très intéressant de guider les pas d'une nouvelle génération sur le chemin de l'évolution intellectuelle chaque année ! Et quel bonheur de reprendre pour la vingt-huitième fois les mêmes cours, avec une ardeur toujours renouvelée ! Dommage pourtant que les élèves se ressemblent autant ! Je sais exactement ce que je vais trouver dans ces cahiers. Toujours les mêmes erreurs. C'est d'ailleurs extrêmement instructif pour les statisticiens qui cherchent à savoir comment une même loi de l'erreur humaine s'impose à tous les individus au cours de leur évolution – vraiment très intéressant ! Ah non, là, maintenant, je suis trop fatigué ! »
Frister prit une pile de papiers qui comportait ses relevés des températures quotidiennes – tout à fait primordial pour les interruptions de cours dues à la canicule – et s'y plongea. Mais il y avait encore un point d'achoppement qu'il n'avait pas réussi à résoudre. Certes, il connaissait la méthode à utiliser, mais les calculs nécessitaient de longs mois de travail – où en trouverait-il le temps ?
Il trempa sa plume, écrivit une note, reposa sa plume et mit à nouveau sa tête entre ses mains.
« De cette manière, cela pourrait fonctionner, pensa-t-il. Mais il faudrait être en meilleure forme pour s'y atteler. Quand ? Les quatre heures de cours, les nombreux exposés, les surveillances à effectuer et tout cet énervement autour des erreurs, toujours les mêmes, sans oublier le chemin du retour. – D'ailleurs, nous sommes vraiment très en retard pour tout ce qui concerne les techniques pédagogiques. Ne pourrait-on rien trouver de mieux que ces pratiques ancestrales qui veulent que professeur et élèves se retrouvent dans une même salle de classe et... Enfin, naturellement, c'est une vision idéale... pendant ce temps-là, beaucoup d'énergie est dépensée en pure perte et – cela fatigue. Il me semble que l'évolution de la technique pourrait trouver une voie plus économique. »
Frister s'enfonça dans sa chaise et ferma un peu les yeux.
« Hm, poursuivit-il, dans cent ou deux cents ans, on regardera nos méthodes démodées et gaspilleuses d'énergie avec pitié ! Une jeunesse ayant assimilé le sens de ses responsabilités dans sa chair et dans son sang, un corps enseignant utilisant des techniques les plus modernes ; pas d'excuses, pas de faux semblants, pas d'enfantillages, pas de maladresses, pas de surcharges de travail – des conditions idéales ! En attendant, pourquoi ne pas prendre – des vacances ; bizarre que je n'y ai pas encore pensé – très bizarre – il faut que je demande... Mais n'a-t-on pas frappé ? - Ah, c'est vous, cher collègue Voltheim – comme c'est gentil ! Je pensais justement à vous. Vous êtes l'homme de toutes les inventions. Connaissez-vous une institution qui – comment dire ? – moderniserait l'enseignement, le simplifierait... hm... »
« Mais bien sûr, rétorqua la voix de Voltheim, notre école à distance est une institution remarquable. »
« École à distance ? Pourquoi me regardez-vous si – si bizarrement, cher collègue ? Je suis juste un peu fatigué ; mais je vous en prie, asseyez-vous. »
« Je sais que votre cours va commencer dans un instant, mais j'espère bien ne pas vous déranger. »
« Aujourd'hui ? Moi ? Mais non. Je suis indisposé, j'ai certainement la migraine. Quel jour sommes-nous ? »
« Le huit juillet mil neuf cent quatre-vingt dix-neuf, monsieur le conseiller. »
« Voilà, voilà – c'est cela. Hm ! Je pensais que – monsieur le conseiller – il faut toujours que vous plaisantiez. »
« Mais c'est votre titre en tant que professeur de géographie à distance, en poste au deux cent onzième lycée téléphonique. Vous entendez ? C'est la sonnerie. Les élèves sont en ligne. Vous pouvez commencer. »
Frister s'efforça de regarder son collègue en face, mais ses traits se dissipèrent sous ses yeux. Il entendit un léger cliquetis mélodieux, sans pouvoir s'expliquer sa provenance. C'était certainement une plaisanterie de Voltheim, pensa-t-il. Bien, je ne vais pas le déranger. Nous verrons bien ce qu'il projette. Puis il dit en riant : « Cher collègue, je ne suis absolument pas préparé et je ne vois vraiment pas ce que vous voulez dire par école à distance. »
« Oh, monsieur le conseiller, je vous en prie » – c'est ainsi que parlait Voltheim – « vous voulez me taquiner, c'est ça ? Votre exposé pour aujourd'hui, vous l'avez déjà enregistré hier sur le phonographe. Et vous avez déjà rédigé une brochure sur l'école à distance en mil neuf cent soixante-dix-sept. Vous vous rappelez ? »
« J'en suis vraiment incapable. »
Voltheim eut un rire franc. « Bon, alors écoutez-moi bien, dit-il. Vous voyez sur le mur d'en face cette singulière galerie de peintures ? »
Frister leva les yeux. Il fut extrêmement surpris. En effet, sur le mur, où se trouvait habituellement un rayonnage de livres, étaient accrochés environ trente cadres rectangulaires. Mais les images à l'intérieur étaient vivantes. Des jeunes gens entre seize et dix-neuf ans étaient installés bien confortablement, chacun dans un fauteuil. Et c'étaient effectivement ses élèves de terminale, même s'ils étaient habillés dans des tenues inhabituelles. Il y avait son premier de la classe dont la tête rasée dépassait à peine de son journal. Et Meyer, qui fumait tranquillement son cigare. D'autres avalaient leur petit-déjeuner.
« J'ai vraiment l'impression de voir mes élèves », dit Frister. « Très intéressant ! Si seulement je savais ce que tout cela signifie. Ai-je vraiment pris un congé d'un siècle ? Partez de cette hypothèse, cher collègue, et parlez-moi comme si nous étions effectivement en mille neuf cent quatre-vingt dix-neuf et comme si j'avais momentanément perdu la mémoire. »
« Bien volontiers, Monsieur le Conseiller, si cela vous amuse. Ces jeunes gens composent la classe de terminale du deux cent onzième lycée de télé-enseignement. En réalité, ils ne se trouvent pas dans même une salle de classe, mais la plupart d'entre eux sont chez eux, tout comme vous. Seuls les parents qui n'ont pas les moyens d'avoir chez eux tout l'appareillage de télé-enseignement envoient leur enfants dans les lieux publics spécialement conçus pour le télé-enseignement à distance. Ces jeunes gens habitent, comme vous le savez, aux quatre coins du pays, car les communications du télé-enseignement peuvent s'étendre sur près de mille kilomètres. »
« Je ne sais vraiment rien de tout cela, cher collègue. Continuez. Pendant mon congé, la technique doit avoir fait d'énormes progrès. »
« Je le pense bien ! Non seulement les téléphones, mais également les téléviseurs ont été tellement perfectionnés que l'on peut percevoir, en même temps que les paroles de son interlocuteur, sa silhouette, ses mouvements et chacun de ses gestes. Naturellement, il n'est désormais plus nécessaire de parcourir de longues distances pour se rendre à l'école, élèves et professeurs peuvent rester tranquillement chez eux. »
« Très réjouissant », murmura Friser. « Mais la motivation personnelle... »
« ... ne manque pas. Tout comme vous voyez les élèves, ceux-ci voient leur professeur, mais dans un cadre beaucoup plus grand, pour ainsi dire grandeur nature. En revanche, les élèves ne peuvent pas se voir entre eux, seulement s'entendre, mais bien entendu, vous entendez tout ce qu'ils disent. Il vous suffit d'appuyer sur cette touche là devant vous pour vous connecter et le cours pourra commencer. »
« Je comprends. Que de dérangements sont ainsi évités ! Mais est-ce à ce point urgent ? Dites-moi, cher collègue, cette institution doit avoir coûté beaucoup d'argent à l'État ! »
« Et alors ? Depuis que les champs aurifères de Nouvelle-Guinée1 et les nappes de pétrole de la Chine allemande2 ont été découverts, nous avons tellement d'argent qu'on ne peut finalement en faire un meilleur usage que de l'investir dans l'éducation. »
« Ha, ha ! Et quel est mon salaire alors maintenant ? »
« Mais vous le savez bien ! En tant que naturel – cinquante mille Mark. Mais venons-en aux faits. Naturellement, l'hygiène scolaire a fait de grands progrès. La question des surcharges de travail a été réglée. Les fauteuils des élèves sont très intelligemment équipés d'appareils de mesures automatiques qui indiquent leur poids, leurs pulsations cardiaques, leur pression et capacité respiratoires, leur consommation d'énergie cérébrale. Dès qu'ils ont dépensé la plus grande partie de leur énergie cérébrale, le psychographe montre la fatigue induite et la connexion entre élève et professeur est automatiquement interrompue. L'élève concerné est ainsi dispensé de cours. Dès qu'un tiers de la classe a été déconnectée de cette manière, vous devez terminer votre cours. »
« Cela me paraît très bien. Et puis, lorsque je suis un peu fatigué, comme aujourd'hui... »
« Avec votre salaire ?! Mais nous avons tout prévu. Si vous souhaitez commencer votre cours, veuillez mettre ce bandeau de protection cérébrale. Cet appareil vous évitera le danger de dépenser plus d'énergie cérébrale que nécessaire pour le niveau des élèves et du contenu. Et maintenant appuyez. Écoutez, ça sonne. Maintenant, votre image apparaît également aux élèves et ils peuvent discuter avec vous. »
« Mais de quoi ? Je ne me suis pas préparé », murmura Frister tout doucement en direction de Voltheim.
« Vous trouverez bien », rétorqua celui-ci sur le même ton. « Un professeur expérimenté comme vous – faites simplement parler vos élèves. Leur nom est indiqué sur chacun des cadres. Votre exposé est enregistré sur ce phonographe, il vous suffit d'appuyer. »
On remarqua immédiatement que le professeur venait d'entrer dans la classe par le biais de la télécommunication, c'est-à-dire qu'il était apparu aux élèves. Rathenberg mit de côté son journal, Meyer fit rapidement disparaître ce qui restait de son cigare, Suppard et Neumann avalèrent les dernières bouchées de leur petit-déjeuner.
Frist regardait tous les cadres.
L'un des élèves, Meyer, s'inclina et dit : « J'étais absent à l'heure précédente. »
« Pourquoi ? »
« J'ai dû me faire masser la seconde circonvolution cérébrale. »
Frister secoua la tête. Comment pouvait-il savoir si cela constituait une excuse suffisante à cette époque moderne ? « Pourquoi en avez-vous eu besoin ? », demanda-t-il en faisant signe à Voltheim de l'aider.
« Eh bien », dit Meyer, « mes parents ont fait photographier mes rêves et il est apparu que je rêvais toujours de chevaux. »
« Mensonge ! », murmura Voltheim. « Les cheveux ont disparu depuis très longtemps. »
« Mais les cheveux ont disparu depuis longtemps. », dit Frister.
« C'est justement pour cette raison, Monsieur le Conseiller, que j'ai dû me faire masser. »
« Mais non, la géographie est le meilleur massage cérébral qui soit. »
Frister remarqua que deux des cadres, qui jusque-là étaient encore vides, commençaient à s'animer. Il lut les noms et dit : « Eh bien, Heinz, d'où venez-vous avec ce retard ? »
« Excusez-moi, Monsieur le Conseiller, hier ma maman a oublié sa machine à protéines de poche au club féminin du Spitzberg et j'ai dû aller le chercher. Comme il y avait beaucoup de vent, j'ai pris du retard. »
« Et vous, Schwarz, comment expliquez-vous votre retard ? »
« Je, je – hier, mon père a été promu Conseiller spécial en électricité... »
« Eh bien, je ne vois toujours pas de lien de cause à effet. »
« Euh, pour fêter ça, nous nous sommes raccordés à la canalisation principale de champagne et donc je n'ai pas pu rejoindre ma chambre tout de suite. »
« Prétexte ! » murmura Voltheim. « Il a fait la tournée des bars. »
« Eh bien, eh bien », dit Frister, « toute cette histoire ne me semble pas très claire. Mais dites-moi un peu, Meyer, qu'avons-nous vu au dernier cours ? »
« Excusez-moi, Monsieur le Conseiller, mais j'étais absent hier. »
« Ah oui, c'est vrai. Répondez, Brandhaus. »
« Excusez-moi, Monsieur le Conseiller, mais hier, je n'ai pas pu travailler. Voici le mot d'excuse de mon père. »
Brandhaus appuya sur le bouton du phonographe et on entendit la voix de basse d'un homme mûr : « Hier, mon fils Siemens n'a pas pu faire ses devoirs par épuisement musculaire des bras. Brandhaus. »
« Comment ? », demanda Frister. « Mais vous n'avez pas besoin de vos bras pour apprendre vos leçons ? »
« Notre moteur fonctionne mal, alors j'aurais dû moi-même tourner la manivelle du phonographe où j'avais enregistré mes cours pour les recopier, or, justement, je ne pouvais pas. »
« Comment vous êtes-vous fatigué de la sorte ? »
« Avec des entraînement sur l'aérocycle. »
Frister se retourna vers Voltheim, confus.
« C'est possible », murmura-t-il. « Il a certainement organisé une soirée aérienne avec de jeunes dames et aura dansé trop de quadrilles aériens. »
« Hm, écoutez, cher collègue, des excuses, il me semble qu'il n'y en a pas moins dans l'école à distance qu'à mon époque. » Puis il se tourna à nouveau vers les élèves.
« Eh bien, Rathenberg, qu'avons-nous vu ? »
« Les cabines télélux vers l'Amérique. Mais elles n'existent plus. Elles ont toutes été démontées parce qu'on les a remplacées par des téléclaviers. Les injections de solutions chimiques récemment découvertes traversent l'intérieur chaud du globe terrestre, ce qui permet de discuter dans le monde entier par voies chimiques. »
Frister hocha la tête sous le coup de la surprise.
L'élève prit cela pour un signe d'objection et poursuivit : « Monsieur le Conseiller a également évoqué la liaison ''Kreuzberg-Chimborasso3'', mais elle n'existe plus depuis ce matin. Je l'ai lu dans le téléjournal de Berlin. »
« Bien – euh, Hornbox, continuez. »
« Les États d'Amérique les plus importants sont l'Empire de Californie, le Royaume de New York, la République anarchiste de Cuba, l'État de l'Église du Mexique et l'Empire du Soleil sud-américain. »
Que ne faut-il pas entendre !, pensa Frister. Mais il se contenta de dire : « Continuez, Schwarz. »
Schwarz commença avec un débit tel que Frister eut de la peine à suivre ses paroles : « Une fois que les techniciens furent devenus la classe dominante grâce à l'utilisation directe des rayonnements du soleil comme force de travail et qu'ils eurent tous les outils de travail de l'humanité entre leurs mains, ils fondèrent un État actionnarial en achetant toutes les terres disponibles en Amérique du Sud situées entre les deux tropiques. Comme ils tiraient leur pouvoir directement du soleil, ils appelèrent cet État, l'État du Soleil. Des capteurs de rayonnements solaires furent installés sur les sommets des montagnes comme sur les cimes des arbres ou sur les steppes des vastes plaines... »
« Mais, Schwarz, vous ne remuez pas du tout les lèvres quand vous parlez. Et pourquoi jouez-vous sans cesse avec vos doigts sur votre pupitre ? Vous lisez vos notes ? »
« Mais, Monsieur le Conseiller » - Schwarz continuait de tapoter sur son pupitre - « j'utilise le synthétiseur vocal. En fait, je ne peux pas parler moi-même, parce que je me suis brûlé la langue. »
« Alors, continuez. »
« Nous en étions restés là. »
Frister se retourna vers Voltheim, gêné. « Et maintenant ? », demanda-t-il.
«Faites parler le phonographe. »
Frister appuya sur l'instrument et, à sa plus grande surprise, il entendit alors sa propre voix : « Passons maintenant à l'étude des expéditions vers le pôle sud. Bien sûr, il nous est aujourd'hui très facile de survoler les déserts de glace avec nos machines volantes, mais imaginez les difficultés que représentait une telle entreprise il y a une centaine d'années et quel courage était nécessaire pour oser s'aventurer dans ces régions inaccessibles avec ces navires fragiles et ces traineaux tirés par des chiens. Si nos ancêtres avaient autant apprécié le confort que vous, nous se serions jamais parvenu jusqu'au pôle sud ! C'étaient des hommes totalement différents ! Jamais il ne serait venu à l'idée d'un élève du dix-neuvième siècle de manger des asperges synthétiques en cachette pendant l'heure de cours, comme je l'ai hélas encore remarqué tout récemment, sans compter qu'il s'agit d'une denrée de luxe qui frise la gourmandise. Imaginez quelles souffrances, quelles privations ces explorateurs durent supporter ! Il arrivait qu'ils n'aient pendant des semaines rien d'autre à manger que de la viande d'oiseau crue, mais jamais ils ne se découragèrent, et l'un de ces héros, torturé par la faim, écrivit même dans son journal cette phrase mémorable... »
« Émile, veux-tu des asperges synthétiques pour dîner ? Elles ne sont pas très chères. » C'était la voix haut perchée d'une femme qui se fit soudain entendre à ce moment-là de l'exposé, au beau milieu de l'intervention de l'orateur.
Cette interruption fut saluée par le rire sonore de l'ensemble des élèves. Indigné, Frister se tourna vers Voltheim.
« Qu'est-ce que c'était ? », demanda-t-il.
Voltheim souriait lui aussi. « Certainement », dit-il, « une intervention de votre épouse pendant que vous prépariez votre cours. Naturellement, le phonographe en a fidèlement reproduit le contenu. »
« Mais, cher collègue, c'est catastrophique pour le télé-enseignement... »
« Mais vous voyez, il y a aussi de bons côtés. Ce fou rire a tellement éprouvé les élèves que huit ont été déconnectés. Ces élèves sont épuisés. Encore trois, et vous devrez terminer votre cours. »
« Oh, cela m'irait très bien, car je suis moi-même – comme je vous l'ai déjà dit, je crois – un peu fatigué. Mais écoutez, qu'est-ce que c'est que ce son de cloche dans les aigus ? »
« C'est le signal du directeur, il aimerait vous parler. »
Effectivement, Frister entendit très distinctement une voix étrangère : « Excusez-moi, cher Monsieur le Conseiller, de vous déranger. Mais j'apprends à l'instant que votre collègue, Monsieur Brechberger, a percuté une cheminée avec son aérocycle et qu'il est encore sous le choc. Ayez l'obligeance de le remplacer à l'heure suivante. »
« Oh, avec plaisir... »
Le directeur raccrocha.
« Que vais-je donc faire maintenant, mon bon Voltheim. » se plaignit Frister, « les autres élèves semblent être en fort bonne disposition et je n'ose plus toucher au phonographe. »
« Eh bien, faites-leur répéter le contenu de votre exposé. »
Frister s'adressa de nouveau à la classe : « Maintenant, répétez-moi ce que je viens de vous dire. »
Il vit alors tous les élèves appuyer presque simultanément sur les phonographes où ils avaient enregistré l'exposé. Les appareils se mirent à ronronner. Deux douzaines de phonographes renvoyèrent à ses oreilles dans une épouvantable cacophonie les paroles de son exposé, les sifflements et les bourdonnements devinrent de plus en plus rapides, et dans ce tintamarre assourdissant, il fut pris de vertiges, gémit, prit sa tête dans ses mains et soudain, plus rien – le silence complet. »
« Ah, le bandeau cérébral ! », pensa-t-il. « Je suis certainement trop fatigué, le cours s'est terminé de lui-même – j'ai été déconnecté. Dieu soit loué ! »
Soudain, il sursauta. Le cadre devant lui avait disparu. Ses vieux livres étaient revenus à leur place.
« Mais dites-moi, que se passe-t-il, collègue Voltheim ? »
Son collègue Voltheim se tenait à ses côtés et lui dit : « Excusez-moi, Monsieur le Professeur – j'espère ne pas vous avoir réveillé. Lorsque je suis entré, vous dormiez si bien que je me suis assis sur le canapé sans faire de bruit pour ne pas vous déranger. »
« Tiens, tiens, je dormais ? Mais je vous ai encore entendu entrer ! Vous ne pouvez pas savoir le rêve étrange que je viens de faire. Un salaire de cinquante mille Marks ! Mais pour finir, je devais remplacer un collègue... »
« Oui, hélas, c'est bien la réalité, c'est d'ailleurs la raison de ma visite – le collègue Treter... »
« Que me dites-vous là ! Quand cela ? »
« Demain matin à huit heures. »
« Dans sa classe ? »
« Bien sûr, où sinon ? »
« Je pensais... dans l'école à distance. Vous êtes surpris ? Ah, si vous saviez ! Je viens de prendre un congé de cent ans ! Là, asseyez-vous, cher collègue. Donc, demain ? Je préfère, car aujourd'hui, je suis vraiment un peu fatigué. »



1L'Empire allemand reprend en 1899 les territoires de l'ancienne Compagnie de Nouvelle-Guinée qui étaient sous protectorat allemand depuis l'année 1885. Le territoire était situé au nord-est de l'île et baptisé « Kaiser-Wilhelms-Land », le « pays de l'Empereur Guillaume ». (N. d. T.) La colonie passera sous administration japonaise et australienne en 1920.
2Le province chinoise de Shandong fut cédée aux Allemands par les Mandchous en 1898 pour une durée de 99 ans. Les Allemands établiront une brasserie à Qingdao dont la bière « Tsing-Tao » est encore célèbre aujourd'hui. La colonie fut reprise par les Japonais en 1914. (N. d. T.)
3Kreuzberg est un quartier de Berlin, tandis que le Chimborazo est un volcan situé en Équateur. (N. d. T.)


éditions nilsane - juillet 2012
traduction : Philippe Guilbert
licence creatrive commons : CC-BY-NC-SA
droits de reproduction dans un contexte non commercial avec citation de la source (éditeur, traducteur) 

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